Mes petits bonheurs quotidiens, quelques petites grognes quand même, quelques citations que j'aime.
Les mémoires apocryphes de Jean Van Eyck par Elisabeth Bélorgey dont c’est le premier roman.
Au soir de sa vie, le peintre est frappé par un mal qui l’empêche de distinguer les couleurs. Ce qui serait gênant pour tout un chacun est un drame pour un peintre qui ne peut plus exercer son art ni même plus goûter les œuvres des autres.
Enfermé dans ses souvenirs dont il tente de garder les couleurs, il se met à écrire sa vie. La vie aventureuse d’un artiste à succès, ambitieux, orgueilleux et jouisseur, magnifique terreau qu’exploite brillamment l’auteur pour y décrire ce début du XVème siècle où la condition de peintre était celle de valet de cour ou celle d’artisan dans une guilde de peintres ; l’apprentissage du métier de peintre ; les voyages dans l’Europe entière pour des portraits de cour au service de Philippe le Bon ; la guerre ; la vie de cour et la vie bourgeoise.
Au delà de la simple narration, ce livre est le livre du transfert. Ce peintre meurtri et privé de son mode d’expression transfert dans l’écriture ce qu’il veut encore dire et vivre. Cette femme écrivain en faisant la fausse autobiographie d’un homme peintre transfère la narration d’un sexe dans l’autre (et c’est troublant de voir comme elle décrit les émois sensuels d’un homme). Le transfert du religieux vers le profane puisque Van Eyck est un des premiers peintres à transgresser les règles classiques de la représentation religieuse en utilisant des sujets du quotidien. Enfin, conséquence du précédent, le transfert du spirituel vers le sensuel.
En germe, la Renaissance.