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Mes petits bonheurs quotidiens, quelques petites grognes quand même, quelques citations que j'aime.

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Le brunch dans les palaces, c’est mon petit luxe

Mon petit luxe, c’est de bruncher dans un palace le dimanche quand je suis en ville.

Le week-end, les palaces de Genève sont remplis de Russes et d’Arabes. En fait, il y en a probablement autant en semaine mais les hommes d’affaires ont disparu. Ils sont réfugiés dans le peu de campagne qui entoure la ville, dans leur « maison villageoise » croulant sous les rosiers grimpants de collection, la Maserati ostensiblement garée là où il y a moins de cinquante ans se trouvait un tas de fumier.

Dans les palaces, donc, le dimanche, il y a des Russes. On les reconnaît facilement. Généralement, par paires de couples, sans enfant, ni beaux ni moches, ni jeunes ni vieux, vêtus comme un samedi de supermarché, ils vont, indolents. Aucun souci de ce qui se fait ou ne se fait pas, ils font. Comme chez eux.

Les Arabes, eux, se déplacent en clan. L’homme, quelques pas devant, une ou deux femmes voilées derrière, autour une nuée d’enfants. La seule femme non voilée est une jeune Asiatique, la nanny des chers petits. Beaucoup plus habitués aux palaces et de longue date, ils en connaissent les usages. Les parents en tout cas. Les enfants, eux, sont bruyants et turbulents. Ils regardent tout et tous avec des yeux perforants. C’est qu’ils ont bien compris, du haut de leur 6 à 8 ans, le pouvoir de l’argent de papa. Ni la nanny, ni personne n’ose réagir à leurs impudences.

Dans ce palace, ce dimanche, il y avait un monsieur-de-Genève. Un monsieur-de-Genève a dans les septante ans. Il marche d’un pas lent et comme peu sûr. Il connaît les lieux par cœur, cela fait trente ans qu’il vient y déjeuner le dimanche, mais il avance comme s’il craignait de déranger. Blaser parfait en drap de laine bleue, gros blason brodé sur la poche pectorale, pantalon de flanelle grise certainement tenu par des bretelles qu’on ne voit jamais (on n’enlève jamais son blaser, pas même le dimanche), coupe démodée mais impeccable, foulard à motifs cashmere, grosses lunettes en écaille. Une grande attention, curiosité et considération pour tout. Il s’adresse au personnel avec une affable déférence et demande toute chose comme vous demanderiez un fusible de rechange à votre voisine de palier à dix heures du soir. Une manière de choisir ses mots aussi, de les sélectionner, de les goûter avant de les servir avec quelques mouvements de mains très pondérés. Un parler et un phraser de la IVème République, comme dans les actualités cinématographiques d’antan.

Le brunch dans les palaces, c’est mon petit luxe.

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