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Mes petits bonheurs quotidiens, quelques petites grognes quand même, quelques citations que j'aime.

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Le secret de Brokeback Mountain

Comme souvent lorsqu’un film est célébré autant par le public que par la critique, j’ai été un peu déçu au moment même de la projection. J'attendais sans doute trop. Mais comme souvent lorsqu’il s’agit d’un grand film, j’y repense après la séance. C’est un grand film.

Je ne comprends pas pourquoi le titre du film a été traduit en français Le secret de Brokeback Mountain. Il n’y a pas de secret dans cette histoire et ce que les protagonistes du film souhaitaient conserver secret leur échappe rapidement. Ils en feront la douloureuse expérience, chacun à sa manière. Le titre original (Brokeback Mountain) centré sur le lieu de leurs amours place mieux le personnage central du film : l’espace-temps américain.

L’espace est double : celui de Brokeback Mountain, un espace large, amical, beau et libre ; le reste de l’espace américain, un espace hostile, étroit et glauque, fait de contraintes, d’oppressions et de difficultés. La traduction du titre en français déplace inutilement et abusivement le centre de gravité du film.

Quant au temps, on a beaucoup parlé de la longueur et de la lenteur du film. Là encore, le temps est dédoublé et est lié à l’espace : le temps à BBM est vif, court et brutal alors que le temps hors de la montagne est pesant, oppressant et dilaté. Je ne peux pas imaginer qu’il s’agit d’une inadvertance lors du montage par Ang Lee.

Parti d’une nouvelle – par définition mince – d’Annie Proulx, le réalisateur nous fournit un film fleuve. On peut donc se demander la nature des ajouts par Ang Lee. Sans avoir lu la nouvelle, j’imagine pour ma part que les ajouts portent justement sur cette ambivalence de l’espace-temps.

Quant à dire qu’il s’agit d’un « western gay », cela me paraît une réduction plutôt inappropriée. Ce n’est pas un film sur l’homosexualité (elle est d’ailleurs peu montrée et plutôt comme une chose urgente et honteuse). C’est un film sur le non-dit, le non-verbal (des séquences entières n’ont aucun dialogue), la difficulté de communiquer. Le personnage d’Ennis est clos comme une huître et ses seules expressions sincères et profondes sont lorsqu’il est seul lors de leur première séparation ou après leur ultime séparation. Quant à Jack, le plus communiquant, il est puni de s’être exprimé. Si le titre n’avait été déjà pris par maître Hitchcock, ce film aurait pu s’appeler La loi du silence.

J’ai donc vu un grand film sur l’Amérique puritaine profonde, sur le poids des conventions sociales et du politiquement correct. Au fond, n’est-ce pas un sujet bien actuel ? Chapeau (en l’occurrence « Stetson ») Monsieur Lee !
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